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AAC colloque "Le cinéma populaire en France et ses musiciens (1930-2018)"

Date limite : 15 février 2019

Argumentaire
L’année qui vient de s’écouler célébrait à la fois le 20ème anniversaire de la disparition et le 110ème anniversaire de la naissance de Paul Misraki. Compositeur prolifique, livrant plus de 130 partitions pour l’écran, auteur de chansons demeurées dans le patrimoine génétique de la chanson en France, notamment avec les Collégiens de Ray Ventura, il a, au cours de ses quelques 50 années de carrière autant travaillé avec les jeunes loups de la Nouvelle Vague (Chabrol, Godard voire Vadim) qu’avec des réalisateurs que ces mêmes jeunes gens fustigeaient dans leurs écrits (Truffaut, 1954). Misraki, avec l’orchestre de Ventura ou seul, collabora 11 fois avec Jean Boyer, composa pour Berthomieu, Becker, pour ce cinéma symbole de la Qualité Française (dixit François Truffaut), ce « cinéma de papa » contre lequel s’éleva une partie de la jeune génération d’après-guerre.

Pour le cinéma populaire

Dans le numéro du 4 juin 1926 de l’Humanité, Léon Moussinac écrivait : « On entend dire couramment autour de soi qu’il faut que le cinéma se crée une élite et que, pour cela, il doit s’adresser aux intellectuels au-delà de la foule, que c’est la seule façon de le faire progresser en tant qu’art etc., etc., Cela prouve encore l’incompréhension des intellectuels à l’égard du cinéma. Adepte d’un cinéma populaire et militant (Vignaux, 2011), Moussinac citait Louis Delluc (« les maîtres de l’écran sont ceux qui parlent à la foule ») et concluait son article en écrivant : « le cinéma rejoint les grandes formes d’expression classiques. Comme le théâtre d’Eschyle, de Shakespeare et de Molière, le cinéma sera populaire ou ne sera pas. »

Dès les débuts du cinématographe, des expériences furent tentées pour donner à ce divertissement de foire ses lettres de noblesse. La tentative la plus notable fut peut-être celle du Film d’Art, réunissant les comédiens du Français avec des écrivains et des compositeurs de renom, dont le plus notable reste sans doute Saint-Saëns (Gonin, 2008). Mais par-delà ces tentatives, demeurait un cinéma populaire, un cinéma de divertissement, longtemps laissés pour compte par la recherche.

C’est aux musiques de ce cinéma que ce colloque veut s’intéresser. Celui qui, dès les années 1930, transposait dans le film désormais sonore l’univers du Music-Hall, celui dans lequel des bateleurs de la scène et du théâtre, chanteurs à leurs heures, poussaient presque immanquablement la chansonnette (Fernandel). Fabrice Montebello (Montebello, 2005) rappelle également que de 1940 à 1958 (en incluant donc le cinéma de l’Occupation et les productions de la Continentale), il y eut en tout 41 films récompensés « par le public, la critique, les professionnels et l’Etat. » Ces films étaient l’œuvre d’une dizaine de réalisateurs seulement « dont les noms (Carné, Delannoy, Clément, Becker, Clouzot, Autant-Lara, Clair, Cayatte, Tati, Christian-Jaque) symbolisent l’excellence cinématographique française des années 1940-1950 », sans oublier des réalisateurs plus « populaires » aujourd’hui encore déconsidérés tels Jean Boyer ou Berthomieu. À ces noms de metteurs en scène, s’ajoutent ceux des « vedettes » de l’époque, ces actrices et acteurs que l’on dirait aujourd’hui « bankable » et qui attirent le public dans les salles obscures (Fresnay, Gabin, Jouvet, Darrieux, Morgan…). Sans oublier les films « chantants » (Luis Mariano, Tino Rossi…), les séries noires plus ou moins parodiques (Eddie Constantine et la série des Lemmy Caution) et les films « policiers » (liste non exhaustive).

Alors qu’au milieu des années 1960 la Nouvelle Vague s’essouffle, le cinéma populaire perdure. Si l’on s’en tient par exemple au genre « comique », on voit que, des Branquignols au cinéma comique des années 2000 (Dany Boon et consorts) en passant par les années dominées par de Funès, les films de et avec Pierre Richard et ceux des acteurs issus de Café-Théâtre (Splendid ou Café de la Gare), le cinéma populaire attire toujours les foules et connaît même des succès retentissants (La Grande Vadrouille, Les Visiteurs, Bienvenue chez les Ch’tis…).

Musiques
Aux réalisateurs, metteurs en scène, scénaristes s’ajoutent bien entendu les musiciens : de Paul Misraki (Ali Baba et les 40 voleurs), Philippe Rombi (les Ch’tis), Georges Auric (La Grande Vadrouille), Georges Van Parys (Le Passe Muraille, Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais… elle cause, Le Gorille vous salue bien), Raymond Lefevbre (les Gendarmes), Vladimir Cosma (Le Grand Blond avec une Chaussure Noire, L’Aile ou la Cuisse…) mais aussi Vincent Scotto (Angèle, La Fille du Puisatier, Pépé Le Moko), et Francis Lopez (Andalousie, La Belle de Cadix, Quai des Orfèvres…). À ces compositeurs s’ajoutent tous les acteurs de la « variété française » des années 70-80 (Yves Simon – Diabolo Menthe, Pierre Bachelet – Les Bronzés font du ski, Michel Polnareff – La Folie des Grandeurs, Charlélie Couture – Tchao Pantin, Bernard Lavilliers – Rue Barbare, Michel Berger – Tout Feu Tout Flamme etc.). Tous ont contribué au succès public de ce cinéma populaire.

Même si, selon Beylie et d’Hugues, « les promotions actuelles des anciens ‘nanars’, comme les entreprises académiques de réhabilitation » (Beylie et d’Hugues, 1999) « illustrent à contrario, selon Montebello, l’absence de prétention de ces bandes au moment de leurs réalisations et traduisent paradoxalement leur caractère inexportable au-delà des âges, » (Montebello, 2005), il convient à nos yeux de poursuivre ces « entreprises académiques » et même de les développer. Populaire doit être ici entendu dans un ensemble de genre répondant à cette caractéristique tels que la comédie, comédie dramatique, films policiers, science-fiction, drame…
Les entrées possibles sont diverses et les propositions devront se concentrer sur les relations entre la musique et les images. Pourront ainsi être évoqués

Différentes périodes (les années 1930, l’Occupation, les années 1950…)
Une « école » (le Splendid et ses dérivés…)
Un compositeur en particulier et/ou ses relations avec un réalisateur en particulier (Lefevbre et les Gendarmes)
L’âge d’or de l’opérette filmée (Luis Mariano…)
La « comédie musicale » à la française.
Les compositeurs du cinéma populaire face au cinéma « d’auteur » (mélange des genres ou spécialisation ?)
Sujet ouvert.

Modalités de soumission
Les propositions (500 mots maximum) accompagnées d’une courte bio, devront être adressées à philippe.gonin@u-bourgogne.fr

pour le 15 février 2019.

Une réponse (positive ou négative) sera adressée dans le courant du mois de mars 2019.
Le colloque se tiendra à Dijon les 5, 6 et 7 juin 2019.
L’après-midi du 5 juin sera consacrée à une rencontre avec Vladimir Cosma.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/AAC-colloque-Le-cinema-populaire.html

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