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AAC, colloque "L’imaginaire social dans le roman noir espagnol du XXIe siècle"

Date limite : 15 mars

En cette période de notre Histoire caractérisée par la montée de l’autonomie et de la différenciation des individus, un très net repli identitaire et communautaire, l’échec de l’intégration de certaines populations, l’accroissement des inégalités sociales et l’apparition de formes de violences inédites, il est communément admis de parler de délitement du lien social. Comme le signalent nombre de sociologues, nous vivons, en effet, une époque de crise caractérisée par l’affaiblissement, voire la dissolution de l’ensemble des relations assurant la cohésion indispensable au vivre ensemble[1]. Qualifiée par certains de post-sociale voire de post-historique[2], notre société contemporaine semble être désormais peuplée d’individus isolés ayant, en outre, perdu leur capacité et/ou leur volonté d’agir.

C’est dans ce contexte de crise et d’affaiblissement des institutions sociales que nous nous proposons d’analyser le boom actuel du roman noir. En collaboration avec le Festival Un aller-retour dans le noir qui célèbrera sa huitième édition, ce colloque se propose en effet d’aborder le roman noir espagnol ultra-contemporain en interrogeant tout particulièrement les imaginaires du lien social tels qu’ils s’y expriment. Rappelons que le roman noir, unanimement considéré depuis ses origines comme le roman de la crise, est né aux Etats-Unis dans les années 20 et 30 du siècle dernier de la volonté de rendre compte d’une réalité sociale totalement dégradée : crime organisé et terreau mafieux, société clanique, corruption politique et policière, violences et insécurités urbaines… Au sein de cette société bien sombre, un homme, le détective privé « dur à cuire » tentait d’incarner envers et contre tout une résistance à la corruption et au mal. Comment interpréter, dès lors, la résurgence du roman noir dans le contexte actuel ? La crise économique et morale que traversent nos sociétés depuis le milieu des années 2000 est-elle comparable à celle du siècle dernier ? Les maux décrits sont-ils les mêmes ? Pensons, par exemple, au retour en force du détective privé dans le roman noir récent : incarne-t-il encore une volonté et une capacité de résistance ou bien figure-t-il au contraire l’échec de toute tentative individuelle (et a fortiori collective) de résistance au cœur de l’effritement social ? Quelles sont, par ailleurs, les différentes modalités d’exploration du lien social et de son délitement mises en œuvre par le roman noir contemporain ? La noirceur est-elle toujours de mise ?

Les axes de réflexion retenus sont les suivants :

Noirceur et réalisme : le roman noir espagnol récent est-il réaliste ? Ce réalisme est-il comparable à celui du roman noir américain des années 30 ? Comment interpréter la noirceur radicale et la violence de certains romans noirs (nous pensons à des romans comme Las niñas perdidas de Cristina Fallarás ou encore No llames a casa, de Carlos Zanón) ? Ecriture noire et engagement : le polar espagnol écrit au cours des quinze dernières années est-il engagé ? Le politique y est-il encore le lieu d’un imaginaire social ? Est-il au contraire totalement désinvesti au profit d’une pensée et d’une écriture a-politisées et a-politiques ? Nouvelles solidarités : face à l’effondrement des modèles sociétaux, les auteurs de polars espagnols prennent-ils simplement acte de l’impasse dans laquelle semble se trouver la société ou en dépassent-ils le désert éthique pour affirmer la possibilité de créer une communauté solidaire, unie par un sentiment d’appartenance intersubjective à un socle de valeurs partagées ? Affaiblissement du lien social et construction identitaire : si l’on admet que l’individu ne trouve plus guère dans la société cette reconnaissance indispensable à la construction de son identité, quelles failles identitaires (individuelles et collectives) le polar espagnol contemporain explore-t-il ? Résurgences des blessures du passé national dans l’imaginaire social contemporain : certains auteurs de polar, à l’image de Víctor del Árbol, explorent systématiquement les blessures du passé (individuel, collectif et national) dans leurs intrigues policières. Quel est le sens de ce retour du passé dans l’imaginaire policier récent ? Notes

Modalités de participation Les propositions (titre de la contribution et résumé de 20 à 30 lignes) sont à envoyer à emilie.guyard@univ-pau.fr

avant le 15 mars 2016.

Elles seront accompagnées d’une notice biobibliographique de cinq à six lignes (noms, prénom, affiliation universitaire, les éléments marquants de votre production scientifique). Les communications (25 minutes) pourront être prononcées en langue française ou espagnole.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/AAC-colloque-L-imaginaire-social.html

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