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AAC, Revue française d’éducation comparée,"Genre et manuels scolaires dans une perspective comparative internationale"

Date limite : 31 octobre 2108

A partir des années 1970, l’UNESCO a reconnu les stéréotypes sexistes dans les manuels scolaires comme « étant une source d’inégalités durables entre hommes et femmes »[1]. Cette organisation a commandé une recherche en 1980 dans le cadre de la Décennie des Nations Unies pour la femme « afin d’identifier et de caractériser le sexisme et de recommander diverses mesures pour l’éliminer »1. L’étude, effectuée dans différentes régions du monde, a mis en évidence que les manuels scolaires ne présentaient pas les rôles effectifs des femmes et des hommes dans la société et ne montraient pas les avancées de l’égalité des genres (Michel, 1986), Elle contenait également des recommandations importantes en direction des auteur-e-s de manuels scolaires Depuis, l’UNESCO publie régulièrement des rapports sur le sexisme dans les manuels scolaires dans divers pays du monde tout en rappelant que l’accès à cet outil pédagogique est toujours limité dans certains pays en voie de développement, notamment dans les écoles publiques des zones rurales, à cause de son coût. En 1989, l’UNESCO a conçu un guide méthodologique[2] à l’intention des acteurs et actrices qui participent à l’élaboration des manuels scolaires. Le Centre[3] Population et Développement (CEPED) regroupant des chercheur-e-s a proposé aussi une méthode[4] commune d’analyse des représentations sexuées dans les manuels scolaires dans six pays et une méthode[5] de repérage des représentations du système de genre dans les manuels scolaires en 2005.

On observe également une mobilisation accrue des chercheur-e-s à travers le monde qui développent un ensemble très riche de recherches sur la présence des stéréotypes sexistes dans les manuels scolaires ou les autres supports (écrits, visuels, …) utilisés à l’école. Ces travaux de recherche souvent réalisés en sociologie, psychologie, sciences de l’éducation, anthropologie ont fait un travail de « dévoilement » révélant l’ampleur et les formes visibles et moins visibles des stéréotypes sexués dans le curriculum formel.

« Sources d’informations, organisateurs privilégiés de l’état des connaissances et des savoirs, capital culturel d’une société, ils transmettent, de manière explicite, une compréhension de l’histoire et une vision du monde, autrement dit des repères dans le temps et l’espace, mais aussi des modèles de comportements sociaux, des normes et des valeurs » (Brugeilles et Cromer, 2005). Le sexe étant la première catégorisation sociale (Hurtig et Pichevin, 1986), les enfants et les adolescent-e-s apprennent via les discours dans les manuels scolaires la division sociale sexuée des identités, des rôles et des statuts.

Dans les recherches sur les manuels scolaires, différentes entrées sont utilisées par les chercheur-e-s :

Les représentations numériques des filles/femmes et des garçons/hommes ;
Les traits de caractère, qualités, défauts et émotions des filles/femmes et des garçons/hommes ;
Les manières de s’habiller des filles/femmes et des garçons/hommes ;
Les activités pratiquées par les filles/femmes et les garçons/hommes et les rôles sexués ;
Les représentations des filles/femmes et des garçons/hommes dans la sphère domestique et dans la sphère professionnelle et notamment la répartition des métiers entre les femmes et les hommes ;

Le rôle des femmes dans l’histoire.
De nombreuses recherches internationales montrent que dans certains pays, les différents types de clichés sexistes se reproduisent et perdurent dans les manuels scolaires (Garrett et al., 1977 ; Williams & Best, 1990 ; Holmes and Meyerhoff, 2003 ; Stanworth, 2003 ; Talbot, 2003 ; Bayyurt & Litosseliti, 2006 ; Blumberg, 2009 ; Esen, 2007 ; Cincotta, 2009 ; Lee and Collins, 2010 ; Yang, 2010 ; Ullah & Skelton, 2013 ; Gebregeorgis, 2016). Dans certains cas, le discours scolaire sexiste et discriminant est formellement assumé et « justifié » au nom de l’ordre sacré. Certains auteur-e-s tendent à analyser cette tendance en lien avec la question du pouvoir (Foucault, 1980, 1982), de la domination (Apple, 2004 ; Young, 1971) et son rapport avec le savoir dans la perspective d’une sociologie du curriculum (Michel 1986 ; Mosconi 1994 ; Sheldon 1990 ; Ball, 2012). Par exemple, Paivandi (2008, 2012) et Talbani (1996) montrent que l’islamisation de l’école suit incontestablement une visée politique destinée à légitimer le pouvoir religieux. Un ordre social cherche la médiation de son pouvoir et de contrôle à travers des institutions comme le système éducatif qui dit « ce qui compte comme Vrai » (Foucault, 1982). Pour un ordre social ou le discours politique, les connaissances scolaires détiennent donc une fonction de contrôle et de domination. Ainsi, la Vérité prônée par le système éducatif est établie par le discours du pouvoir qui est légitimé et relayé. Dans l’analyse de Foucault, le système éducatif fonctionne comme instance du contrôle culturel et idéologique et comme agence de l’incorporation culturelle. L’auteur analyse le lien entre le pouvoir et le savoir pour expliquer comment le pouvoir politique tente de développer des techniques et des procédures pour transmettre et inculquer des valeurs et des connaissances considérées être vraies et légitimes. Paivandi (2015) constate que les réformes curriculaires en Iran qui ont introduit le religieux comme instance légitimatrice de la morale et d’un style d’être et de vie cherchent à justifier le caractère sexiste des politiques de l’Etat théocratique en Iran.

La lutte contre les stéréotypes sexistes dans les manuels scolaires s’inscrit, dans certains pays, dans le cadre de l’égalité pour les filles et les garçons dans le domaine de l’éducation et a amené à la publication de différents textes dans le cadre de l’Union européenne, dans le cadre des législations nationales des pays de l’union européenne mais aussi en dehors de cette dernière. Dans certains pays, comme la France, de nombreuses études ont été menées depuis une dizaine d’années sur les stéréotypes sexistes dans les manuels scolaires par des chercheur-e-s, par le centre Hubertine Auclert, par des missions égalité dans certaines académies, par le Haut Conseil à l’Egalité. Un rapport[6] sur les stéréotypes masculins et féminins dans les manuels scolaires, présenté en 2014, signale certaines évolutions positives telles que l’apparition de figures féminines « oubliées » dans les livres d’histoire, une place donnée à des thématiques « féministes », la disparition des clichés les plus grossiers. Néanmoins, ce rapport pointe encore de nombreux stéréotypes présents comme par exemple le fait que les femmes soient moins souvent présentées dans la sphère professionnelle que les hommes, qu’elles soient sous-représentées numériquement dans les auteur-e-s et artistes cité-e-s. Ce rapport préconise d’accompagner les éditeurs et éditrices pour faire évoluer les contenus des manuels, de donner l’exemple avec des outils pédagogiques exemplaires par l’intermédiaire du réseau CANOPE et enfin de rendre obligatoire la sensibilisation de la communauté éducative aux stéréotypes sexués.

Toutefois, les auteur-e-s et les éditeurs/éditrices ne sont pas les seules personnes à résister pour présenter les hommes et les femmes sans stéréotype et de manière égalitaire dans les manuels scolaires. Après les organisations catholiques, 80 député-e-s ont demandé fin août 2011 que toute allusion à la construction sociale du masculin et du féminin soit retirée des nouveaux programmes des classes de première des manuels scolaires de Sciences de la Vie et de la Terre. A la rentrée 2017, le manuel scolaire « Questionner le monde » destiné aux élèves de CE2 est le premier à utiliser l’écriture inclusive et à proposer une grammaire régie par des règles selon lesquelles le genre masculin n’a pas à l’emporter sur le genre féminin. Ce manuel a suscité de vives critiques de la part notamment des défenseur-e-s de la famille traditionnelle.

La question du genre dans le système éducatif ou dans le curriculum formel est devenue un axe de recherche mettant en avant la comparaison internationale. Une ouverture internationale sur ce thème permet de faire circuler les apports des recherches effectuées dans les différents pays et des zones culturelles variées. Il est toujours très intéressant et instructif de comparer les méthodes, les approches, les concepts et les théories développés dans le cadre de ces recherches. Peu d’ouvrages en langue française présentent des recherches sur les manuels scolaires et le genre dans différents pays du monde. C’est pourquoi, nous proposons, à travers ce numéro, de mettre en évidence les recherches menées sur ce thème et de répondre à ces questions :

Quelles sont les formes les plus discriminantes des stéréotypes sexistes dans les manuels scolaires ?
De quelles valeurs les manuels sont porteurs implicitement ou explicitement ?
Quelles perceptions ont les filles et les garçons (ou les enseignant-e-s) des stéréotypes sexistes dans les manuels scolaires ?
Quelle est l’application des mesures concernant les stéréotypes sexistes dans les manuels scolaires dans le cadre des législations nationales ? Quels en sont les effets ?
Les pays n’ayant pas pris ces mesures respectent-ils néanmoins certains principes en matière d’égalité dans les manuels scolaires, préconisés par l’UNESCO par exemple ?
En quoi le contexte international et la montée des mouvements identitaires et religieux exercent une influence sur le contenu des disciplines et donc des manuels scolaires ?Les textes attendus doivent aborder une situation nationale ou une comparaison internationale.
Les différents types d’analyse des manuels scolaires de tous les niveaux scolaires sont particulièrement appréciés. Les auteur-e-s sont appelé-e-s à développer une partie de leur texte sur l’état des savoirs sur la question du genre dans les manuels scolaires du pays (de la région) visé et les concepts et théories mobilisés. Pour permettre aux auteur-e-s de se focaliser sur les situations nationales ou régionales, la présentation d’un aperçu international des recherches sur cette thématique et leur évolution à travers le temps est déjà prévue dans l’introduction du dossier.

Modalités de soumission

Envoi du résumé : fin octobre 2018 (5 000 signes maximum)

Envoi de l’article : 1er mars 2019 (32 000 signes maximum, bibliographie comprise)
Retour et correction : 15 juillet 2019
Publication : fin 2019
Evaluation des textes : 15 mai 2019
Acceptation des propositions : 15 novembre 2018

Envoi des propositions d’article à christine.fontanini@univ-lorraine.fr & saeed.paivandi@univ-lorraine.fr

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/AAC-Revue-francaise-d-education.html

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