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AAC Journée d’études "Les séries télévisées et l’histoire", Limoges, avril 2016

Date limite : 30 septembre 2016

Avec Marc Ferro et Pierre Sorlin[1], les historiens s’intéressent au cinéma depuis longtemps, mais c’est au livre de Christian Delage et Vincent Guigueno L’Historien et le Film[2], que l’on doit d’avoir profondément renouvelé les problématiques du rapport entre le cinéma et l’histoire. Le Cinéma est donc undomaine de recherche qui, en acquérant une légitimité scientifique, a vu ses méthodes et ses enjeux évoluer en profondeur. Le temps serait-il venu de voir les séries télévisées suivre le même processus ?

La forme sérielle apparaît avecla culture médiatique, dès les années 1830. Un siècle plus tard, elle a gagné différents supports, dont celui du premier cinéma puis des fictions télévisuelles, sans véritablement éveiller l’attention académique. L’essor de séries d’auteur, portées par un projet esthétique, a toutefois considérablement changé le regard porté sur cet objet. Ces dernières années, la bibliographie critique s’est étoffée, avec la naissance de collections dédiées. Les spécialistes de séries TV voient leurs objets intégrer le champ des productions légitimes et dépasser le stade de supports populaires négligeables. S’imposant comme les dignes héritières du roman du XIXe siècle, les séries égalent le cinéma dans la hiérarchie des œuvres estimables. Cependant, encore peu exploitées, en dépit d’une attention constante à leurs rapports complexes au temps, elles demeurent largement ouvertes à la prospection historienne.

Poser la question du rapport entre l’histoire et les séries télévisées, c’est d’abord se demander comment concrètement les historien-ne-s peuvent approcher ce matériau et le travailler. C’est donc repérer et analyser les traits caractéristiques des représentations du passé ou d’une Histoire nationale qui sont à l’œuvre dans ce qui constitue une industrie culturelle populaire ; c’est aussi interroger les modalités d’appropriations sociales, politiques ou éducatives auxquelles cet objet transnational et transculturel est soumis, les usages de ces images et leur impact sur un public mondialisé. Mais c’est aussi tenter de comprendre ce que les médias font de l’Histoire, comment ils en représentent les différentes périodes, les grandes figures, etc.

Pour examiner ces questions, l’équipe du CRIHAM/ EHIC (université de Limoges et de Poitiers) propose d’organiser une journée d’étude interdisciplinaire où les historien-ne-s auront l’occasion de dialoguer avec des analystes plus expérimentés des séries télévisées pour faire émerger de nouvelles dynamiques scientifiques.

Axes thématiques Quatre pistes pourront être explorées au cours de cette journée :

- Replacer les séries au cœur d’une réflexion historienne sur la production, la diffusion et la réception des produits télévisuels depuis leurs débuts et dans le cadre de la production occidentale (États-Unis et Europe). Pour cela pourront être intégrés aux sources de l’historien non pas seulement la série elle-même mais également les sources renseignant sur les conditions de production, de réalisation voire de distribution et de réception des séries étudiées. On pourra également s’interroger sur le rôle que les historiens peuvent assumer dans le processus créatif, comme experts, auteurs ou conseillers.

- Interroger la manière dont les séries écrivent ou réécrivent l’histoire, la reconstruisent en fonction des contraintes propres à l’objet audio et télévisuel, pour l’offrir comme spectacle de divertissement au grand public. Ceci passe d’une part par l’analyse des raisons de certains succès – même si ce dernier point est difficile à établir – (Rome, les Tudor, les Borgia, Vikings mais aussi les « period drams » comme The Americans, Deadwood, Boardwalk Empire ou Downton abbey) et d’autre part par l’approche des formes d’écriture télévisuelles de l’histoire afin de déterminer si l’imagerie produite par les séries, aussi bien historiques que fantastiques, est susceptible – et à quelle-s condition-s ? – d’infléchir les représentations que leurs spectateurs ont de l’histoire. En d’autres termes, les séries en tant que formes d’écriture télévisuelle aident-elles – au même titre ? mieux ? moins bien que les émissions historiques, par exemple ? – à s’approprier le passé ? l’Histoire ? dans quels buts ? La question des objectifs (conscients ou non) de la réappropriation de l’Histoire dans les séries se pose également : l’imagerie produite pouvant servir des objectifs variés, qu’ils soient politiques ou récréatifs. Mettre en scène le sexisme d’une époque, exposer les inégalités des sociétés passées, ce peut-être aussi un moyen de critiquer leur persistance dans la société présente.

À titre d’exemple, on pourra s’intéresser aux représentations/imageries/symboliques historiques que les séries fantastiques réemploient, détournant ces représentations historiques pour construire leur propre univers imaginaire et visuels.

- Se demander ce que les séries – qu’elles se concentrent sur une certaine quotidienneté (Mad men, Desperate housewives, Modern Family, Plus belle la vie ou n’importe quelle sitcom) ou relèvent du thriller ou du genre policier ( Engrenages, The Killing, Luther, Sherlock, Twin Peaks), de la dystopie ou de la fantasy la plus improbable (Game of thrones, Almost human, Black mirror, Penny Dreadful) –, disent à l’historien-ne des imaginaires sociaux qui président à leur fabrication. Il s’agit donc ici de saisir les séries en insistant sur le contexte dans lequel elles sont fabriquées et diffusées, comme sources, non pas « miroirs de la réalité », mais productions culturelles, véhicules de représentations qui concernent le passé ou le présent. Résultant parfois d’une hybridation (quand ils sont inspirées par des romans tels Wallander, des comic books pour The Walking Dead ou des films tel Fargo), ces grands récits construisent et/ou déconstruisent aussi des mythes contemporains qui peuvent être notamment – approchés à partir de la question des choix des scénaristes et des réalisateurs, des modalités de la narration, de leur succès ou de leur insuccès critique.

Dans la même perspective on pourra, à partir de la prise en compte du format spécifique des séries tv – dont les saisons se déploient parfois sur de nombreuses années – interroger les évolutions des représentations du passé et du présent au sein d’une même série.

- La réception réservée à ces séries, leur impact sur les représentations que les publics ont de leur histoire locale, nationale, de l’histoire des autres (question évidemment cruciale pour apprécier la manière dont les séries américaines configurent ou non une culture-monde), leurs usages pédagogiques et éventuellement idéologiques, pourront également être abordés et notamment à partir de l’étude des échanges d’informations et de commentaires sur le net. L’étude du fandom et des appropriations du public – conventions, fan fictions jouant avec les temporalités des séries – permettrait ici d’éclairer la façon dont les téléspectateurs s’imprègnent de l’univers sériel.

Modalités pratiques d’envoi des propositions
Les projets de communication (3000 signes/600 mots) en français ou anglais doivent être envoyés

avant le 30 septembre 2016,
à l’adresse suivante (criham-journeeserie@unilim.fr)

La journée d’études aura lieu le Jeudi 27 avril à l’Université de Limoges, FLSH

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/AAC-Journee-d-etudes-Les-series.html

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