SPHM Infos

envoyer l'article par mail title= envoyer par mail Version imprimable de cet article Version imprimable Augmenter taille police Diminuer taille police

AAC Journée d’étude "Changer la vision du monde. Prosélytisme et propagandes en Asie ", 22 novembre 2019

Date limite : 10 septembre 2019

La journée aura lieu le 22 novembre 2019 et elle est organisée en collaboration avec le Centre d’histoire de l’Asie contemporaine et le Centre d’histoire des relations internationales contemporaines

Ce sont surtout les croisements entre différents types de propagande que nous interrogerons dans la mesure où, particulièrement en Asie, diverses propagandes, religieuses, militaires, économiques et politiques, se sont livrées, depuis des siècles, de vives concurrences. Dans le domaine spirituel, il n’est que de penser au bouddhisme qui se développe en Chine à partir du Ier siècle de notre ère, à la progression de l’islam dans le continent dès le XIe siècle, puis à l’arrivée, au XVIe siècle, des missionnaires portugais et espagnols. Cette énumération est d’ailleurs bien incomplète, si l’on considère l’épisode chinois de la Grande Persécution anti-bouddhiste de 845, qui visait en réalité toutes les religions dites étrangères, dont le zoroastrisme, le christianisme nestorien et le manichéisme. Ces concurrences entre prosélytismes marquent toute la période, puisque la fin du XIXe siècle voit aussi bien l’essor du protestantisme et du catholicisme en Corée, les efforts prosélytes des musulmans ottomans en Inde que, à l’inverse, les déceptions des unitariens américains, qui avaient pensé trouver une nouvelle terre de mission dans le Japon de Meiji[1].

La propagande militaire, notamment lors de l’occupation par le Japon de différentes parties du continent dans les années 1930 et 1940 ou lors des guerres de la péninsule du Sud-Est des années 1960 et 1970, est un riche objet d’études, mêlant prestigieuse propagande de conquête et une propagande, plus ou moins modeste, de résistance.

A partir du XIXe siècle se sont également développées des propagandes, économiques et sociales, visant à transformer les sociétés asiatiques et précisément à les occidentaliser. Ces efforts ont été portés par les puissances colonisatrices, à commencer par les libéraux anglais dans l’Inde de la première moitié du XIXe siècle, avant la révolte des cipayes de 1857, mais aussi par les pays asiatiques eux-mêmes : le Japon de Meiji, avec ses projets parfois radicaux, se place au premier rang, mais on pourrait y ajouter les efforts de réforme de la République de Chine des années 1920 et 1930, par exemple avec le National Reconstruction Movementde James Yen. On trouve enfin dans cette catégorie les propagandes menées, après les indépendances, par des gouvernements soucieux d’accélérer le développement de leur pays, en particulier par le biais de politiques démographiques agressives, comme celle menée dans l’Inde d’Indira Gandhi.

Enfin, les propagandes les plus connues[2]sont celles, politiques, qui se sont déployées tout particulièrement au cours du XXe siècle, en particulier autour des régimes communistes comme en Chine (et son épisode paroxystique de la Révolution Culturelle) ou au Vietnam, ainsi qu’autour de la question de la lutte pour l’indépendance. Ce dernier discours est d’une extrême richesse car, largement fédérateur, il fut décliné de maintes manières et sur une variété presque infinie de supports, dont l’exposition au British Museum en 2013 donne un bel aperçu. L’Asie offre à cet égard un observatoire passionnant pour étudier la façon dont la propagande parvient à faire tenir ensemble la revendication d’une voie nationale et l’idéologie internationaliste communiste, à travers les exemples cambodgien et nord-coréen. D’autres propagandes politiques, qui ont pu aussi se greffer sur les discours indépendantistes, revêtent une importance d’autant plus grande dans le contexte asiatique qu’ils ont perduré après les indépendances. Ainsi, le discours insistant sur la singularité de l’Asie par rapport à l’Occident s’est modulé différemment, de son instrumentalisation par les Japonais dans l’entre-deux guerres au panasianisme qui attire de plus en plus l’intérêt des historiens et qui est à replacer dans la longue durée, des penseurs indiens autour de 1900 à la promotion des « Asian values » par les tigres asiatiques à la fin des années 1980.

L’approche présentée implique de prendre en compte le caractère exogène de certaines propagandes venues d’Occident. Même si nous n’en faisons pas l’axe principal de notre réflexion, nous rencontrerons nécessairement deux questions majeures. La première est celle de l’adaptation. Elle a été particulièrement traitée dans le cadre des missionnaires chrétiens au Japon et en Chine, mais son champ d’application est extrêmement large. Dans tous les cas, les problèmes de traduction de la doctrine sont le reflet, partiel, des difficultés d’adaptation de concepts occidentaux, qu’ils soient politiques, économiques ou culturels, aux conditions asiatiques, telles que celles-ci sont analysées par les propagandistes occidentaux ou par leurs homologues asiatiques. La seconde question est celle des contre-propagandes. Dans quelle mesure les propagandes issues de l’Occident y ont-elles été confrontées ? Ces contre-propagandes ont-elles privilégié des terrains de riposte, qu’ils soient dans le choix des thèmes ou dans celui des catégories à toucher ?

Ainsi, cette journée d’études devrait amener à identifier des similitudes dans les questions que se posent les propagandistes, d’un point du globe à un autre : comment toucher les populations locales ? Comment contrer la propagande adverse ? Comment convaincre de la spécificité et de la validité d’un discours ? En même temps, nous espérons qu’elle permette de cerner des formes et des pratiques asiatiques de propagandes.

Merci d’envoyer une proposition d’une page avant le 10 septembre à : Jérôme BAZIN (jerome.bazin@u-pec.fr) et Séverine Antigone MARIN (antigonemarin@aol.com)

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/AAC-Journee-d-etude-Changer-la.html

Dans la même rubrique