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AAC Colloque "Un cinéma poétique ?"

Date limite : 1er juin 2018

Si la question de la poésie « cinématographique » a fait l’objet de quelques études récentes (Mc Cabe, 2009 ;Wall-Romana, 2013 ; Cohen, 2013), celle du cinéma « poétique » n’a encore été traitée que de manière indirecte et partielle. Les littéraires s’y intéressent généralement comme à une modalité de la poésie hors du livre (Hirschi et alii, 2017), tandis que les historiens du cinéma l’abordent dans une perspective souvent monographique, en se concentrant sur certains cinéastes ou certaines écoles. Le questionnement sur le cinéma poétique se fixe alors sur certaines figures centrales comme Cocteau et sa « poésie de cinéma » aux contours imprécis, Epstein et ses essais intuitifs sur la photogénie, les formalistes russes, Pasolini et son « cinema di poesia », ainsi que sur les cinéastes américains réunis autour de Maya Deren lors du colloque Poetry and the Film en 1953, puis de la Film-Makers’ Cooperative créée par Jonas Mekas en 1962.

Certaines études panoramiques embrassent ce vaste corpus (Coureau, 2104 ; Sitney, 2015) mais sans envisager les usages triviaux du terme « poétique », malgré l’intérêt que peuvent revêtir ces derniers pour une approche totalisante du phénomène. La question de la poésie de cinéma ne se résume pas, pourtant, aux cas d’école ni au cinéma expérimental qui en radicalise les formes.

Dans la lignée d’un récent numéro de Fabula LHT sur l’utilisation du qualificatif « poétique » hors du champ littéraire (Cohen & Reverseau, 2017), ce colloque se donne pour ambition d’apporter un éclairage sur ce volet encore relativement méconnu, en tenant ensemble trois types de discours s’inscrivant dans des traditions diverses et répondant à des finalités différentes :

les écrits des cinéastes ayant tenté de définir la poésie inhérente à leur art les écrits de théoriciens/critiques qualifiant tel ou tel film de « poétique » les textes de communication émanant des professionnels du cinéma dans le cadre de la promotion, de l’édition ou de la programmation de certains films. L’étude de ces différentes pratiques culturelles nous permettra de répondre aux questions suivantes :

1. Questions esthétiques : la poésie à l’écran comme répertoire de figures ?

Peut-on définir la notion glissante de « cinéma poétique » ? A-t-elle connu des évolutions ? Y aurait-il un cinéma poétique ? Auquel cas, pourrait-on en identifier des motifs privilégiés ? Si la faible narrativité, voire son absence, semble un trait récurrent, est-elle liée à des figures récurrentes et éventuellement à des traits spécifiques (stases lyriques, usage de la voix off, tropisme vers le muet et le noir et blanc etc..), voire des poncifs ? Au sein d’un corpus aux contours instables, quelle place accorder aux films mettant en scène des poètes, ou se référant explicitement à un corpus poétique (dans leur titre, dans leur contenu, dans les échanges entre les personnages) ? Feraient-ils, en raison de leur sujet, l’objet de recherches formelles particulières visant à en faire des films visuellement « poétiques » ?

2. Questions de valeurs : le poétique comme objet du désir et outil de légitimation ?

Comment comprendre le tropisme du cinéma vers le « poétique » depuis les années 1920 ? S’expliquerait-il par certaines spécificités médiologiques ou répondrait-il avant tout à un besoin persistant de légitimation ? Quelles sont, dans le contexte filmique, les valeurs associées à la poésie, entendue comme être culturel soumis à des phénomènes de trivialisation (Jeanneret, 2008) ? Par sa labilité, la notion de poésie servirait-elle avant tout à mobiliser un système de valeurs, plus qu’un corpus cohérent de principes esthétiques ? Quel effet l’étiquette « poétique » cherche-t-elle à produire aussi sur la réception des films ?

3. Question de définitions : une histoire de la poésie par la bande

Quelle(s) définition(s) de la poésie les locuteurs mobilisent-ils lorsqu’ils parlent de cinéma « poétique » (théorie de l’écart, primat de la fonction poétique, définition de la poésie comme attitude existentielle etc…) ? Quel corpus ou quel canon de poètes peut-on y lire, implicitement ou explicitement (auquel cas, le terme « poétique » peut être associé à d’autres adjectifs comme « baudelairien », plus rarement « verlainien », ou même « surréaliste ») ? A contrario, quel type de poésie en est aussi exclu ? Que nous apprennent, en somme, ces usages du qualificatif « poétique » des idées de la poésie et de l’histoire de cette notion ?

Pour répondre à de telles questions, nous souhaiterions ouvrir ce colloque aux chercheurs venus de divers horizons (et traitant d’aires culturelles variées) : littérature, linguistique, études filmiques et sciences de l’information et de la communication. Le colloque sera également associé à un cycle de projections lié aux thématiques du colloque, qui se tiendra à la Cinematek de Bruxelles.

Modalités de soumission

Les propositions (500 mots), accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique, seront adressées avant

le 1er juin 2018

à Nadja Cohen (FWO/ KU Leuven) à l’adresse suivante : nadja.cohen@gmail.com.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/AAC-Colloque-Un-cinema-poetique.html

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