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AAC Colloque "1993-2018 : vingt-cinq ans de Vertigo" Dijon

Date limite : 8 avril 2018

Créé à l’initiative de la rédactrice Karen Berger, le label Vertigo de DC Comics naît en 1993 du rassemblement de six séries déjà en cours de parution, parmi lesquelles Swamp Thing, Doom Patrol et Sandman. Ces séries se distinguent auprès du lectorat de comics par leurs récits originaux et ambitieux, qui s’appliquent à briser les conventions génériques et narratives de l’époque. La plupart de ces textes sont le fait d’auteurs britanniques, recrutés par DC suite au succès d’Alan Moore sur Swamp Thing (1983-85) puis Watchmen (1986-87), et qui forment l’essentiel de ce que l’on appelle parfois l’« Invasion britannique ».

Sur la base de ces séries, le label grandit rapidement et se forge une identité propre, à la croisée des chemins entre le comics grand public (mainstream) et le secteur indépendant. Il s’érige en fer de lance des innovations voulues par la présidente de DC Comics, Jenette Kahn, laquelle a à cœur la défense du statut des créateurs‧trices mais aussi celle du média lui-même, dont elle revendique la dimension artistique. Cette défense passe notamment par la mise en avant de séries creator-owned, c’est-à-dire appartenant aux créateurs plutôt qu’à la maison d’édition.

Outre ses succès initiaux, Vertigo devient dans les années 2000 le lieu de nombreuses créations originales comme Y, the Last Man, Fables ou encore 100 Bullets. Le label influence durablement l’industrie de la bande dessinée américaine ; il ouvre l’ère des scénaristes-stars là où c’était auparavant les dessinateurs qui recevaient l’attention du public ; il popularise le format éditorial du recueil relié (« trade paperback » ou parfois graphic novel), qui joue un rôle central dans la légitimation du média ; enfin, il conteste l’hégémonie du genre super-héroïque et annonce de profonds changements dans la démographie des lecteurs‧trices de bande dessinée.

Cependant, au fil du temps, Vertigo perd de sa spécificité. Ses créateurs phares se tournent vers d’autres éditeurs – ainsi, Brian K. Vaughan part réaliser Saga pour Image, tandis que Garth Ennis développe The Boys chez Wildstorm puis Dynamite Entertainment quand DC annule la série. En 2013, Karen Berger quitte le label après la restructuration éditoriale de 2010 qui modifie les contrats proposés aux créateurs‧trices et ampute le label de ses séries non creator-owned. Shelly Bond, dernière membre de l’équipe éditoriale originale, est remerciée en 2016 après avoir assisté Gerard Way dans la mise en place de son nouveau label, Young Animal, dont la moitié des titres sont dérivés de séries Vertigo des années 1990, tandis que Vertigo lui-même peine à se renouveler.

Vingt-cinq ans plus tard, le label existe toujours mais a déjà laissé derrière lui un vaste héritage : un grand nombre de professionnel‧le‧s du milieu y ont fait leurs armes, officiant maintenant chez d’autres éditeurs où ils/elles mettent à profit les enseignements appris sous la tutelle de Karen Berger et Shelly Bond. Ces deux dernières ont d’ailleurs entrepris de poursuivre leur activité chez des éditeurs concurrents de DC : Berger Books débutera début 2018 chez Dark Horse et Black Crown, le label de Shelly Bond, a récemment commencé sa publication chez IDW.

Ce premier colloque français consacré au label Vertigo à l’aube de son vingt-cinquième anniversaire est donc l’occasion d’explorer toutes ces pistes sous les approches les plus variées. Les intervenant‧e‧s seront particulièrement invité‧e‧s à aborder les points suivants :

V for Vertigo : cohérence et spécificité (ou perte de spécificité) de Vertigo par rapport aux autres éditeurs et labels (la maison-mère DC Comics, ses labels Helix et Wildstorm, les concurrents Image Comics, Avatar Press, Marvel Max...). Vertigo Revisited : Vertigo et l’évolution du secteur de la bande dessinée contemporaine vers une intermédialité plus intense (adaptations télévisuelles et vidéoludiques, produits dérivés, etc.). Vertigo Vindicates : le rôle de Vertigo dans l’évolution de la légitimité du média et la remise en cause de l’opposition dialectique high/low. The British Invasion : importance des scénaristes d’origine britannique et mises en scène de la britannicité au sein du corpus et du paratexte. Vertigo Visions : rôle du label dans le renouveau de la production états-unienne sur les plans générique, narratif, etc. Editors Extraordinaire : le rôle de Jenette Kahn, Karen Berger et Shelly Bond. L, G, B, T, V : la féminisation du lectorat de Vertigo et la place des discours féministe et queer au sein du label.


Modalités de soumission
Les propositions reposant sur l’analyse d’une série en particulier seront acceptées à la condition qu’elles s’efforcent de mettre en perspective le rôle de ladite série dans l’évolution du label.

Le colloque se tiendra les 8 et 9 novembre 2018 à la Maison des Sciences de l’Homme, sur le campus dijonnais de l’Université de Bourgogne Franche-Comté. Les interventions dureront 30 minutes maximum, et pourront être données en français ou en anglais.

Les propositions de communication d’environ 300 mots, en français ou en anglais, accompagnées d’une courte bio-bibliographie, devront parvenir au comité d’organisation

Isabelle Licari-Guillaume (Université Bordeaux Montaigne) isabel.guillaume@gmail.com Siegfried Würtz (Université de Bourgogne Franche-Comté) siegfried.wurtz@gmail.com

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/AAC-Colloque-1993-2018-vingt-cinq.html

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